
Barbizon : la trace des peintres, 10 km, 77630 Barbizon
« … À peine est-on en route que toute disposition concertée s’évanouit, et que chacun obéit, sans s’en douter, à des lois plus fortes que la discipline… D’autres causes agissent alors et président au libre arrangement des groupes. C’est tantôt la conformité d’allure, tantôt celle de goût et de tempérament, tantôt le hasard ou les incidents de la route.
Ordinairement, il y a une avant-garde composée de jarrets secs, d’esprits moins curieux ou moins batifolants, ou qui aiment à conquérir sur les autres un temps de repos. Vient après un centre de jarrets plus tempérés, qui, sans haleter, vont moins vite, mais qui regardent, picorent, babillent, chemin faisant ; c’est, du reste, une population flottante qui se recrute tantôt d’un éclopé de l’avant-garde, tantôt d’un trainard régénéré. Vient ensuite l’arrière-garde, où sont principalement les artistes, les naturalistes, les flâneurs, les démoralisés, les glaneurs de fraises ou d’ambresailles (myrtilles), les attardés pour une cause quelconque. Et enfin, après l’arrière-garde, un ou deux traînards qui se contentent des histoires, s’adjugent des haltes, entrent dans les chapelles, ou prennent racine auprès d’une source, quitte à rejoindre par la suite des temps.
De la sorte, la caravane s’allonge, se rompt, se reforme, et cependant tous arrivent, tant bien que mal, au but commun…«
Sous la plume de Rodolphe Töpffer (1799-1846), dans Voyages en zigzag (1840)
et issu du précieux recueil « Le Bonheur de la Marche-Anthologie amoureuse illustrée » offert à Franck par Monique, qui dessine, avec presque deux siècles d’avance, la parfaite sociologie des Joyeux Pataugas : avant-garde, flâneurs, artistes et traînards… tout y est !!!


